Finissant la lecture du magistral « Les conséquences politiques de la Paix » de Jacques Bainville,et attendant mon train par une matinée préfigurant d'un Hiver froid mais sec,je me suis laissé allé,presque naturellement,à quelques réflexions sur le mal rongeant ce qui devrait être un juste équilibre européen.
De lucides esprits ont déjà fait ce constat,depuis bien longtemps par ailleurs:l'équilibre européen ne sera réel,durable et juste qu'une fois l'Allemagne déchirée et démembrée.
En effet,l'unité allemande,par ailleurs vulgaire et contre-nature,n'a eu de cesse,de Bismarck à Merkel en passant,évidemment,par Hitler,de plonger l'Europe dans la guerre et l'asservissement.
Assujettissement militaire jadis,assujettissement économique aujourd'hui.
Bainville,parmi d'autres mais avec le plus de lucidité,avait déjà compris que l'unité allemande,symbolisée en son temps par le romantisme nationaliste et pangermaniste,ne tenait que par la force des politiques allemands et par la faiblesse maladive et la compromission des autres états européens.En cela,il y eut peu de changement,et l'entente renouvelée entre le naïf (ou criminel,cela dépend de ses capacités réelles et de sa connaissance des moyens allemand) Macron et l'affable Merkel n'augurent rien de bon pour ceux rêvant d'un changement de cet état de fait.
Néanmoins,le visage territorial et les armes de la domination allemande ont changés:de l'empire prussien ne survit de nos jours que quelques vieux nostalgiques se sentant à l'étroit dans cette allemagne restreinte et séparée de ses territoires historiques (l'Autriche,par exemple).
Pour ce qui est des moyens,il est facilement constatable que la suprématie politique allemande en Europe est avant toute chose une suprématie économique mais nous y reviendrons par la suite.
L'unité allemande,donc,ne repose plus sur quelque militarisme centralisateur.
Ce qui,déjà,permettrait,en épargnant le sang,de réduire à néant cette allemagne cancérigène,ne serait-ce que par le réveil des esprits séparatistes.
Mais,sans doute,cela ne porterait pas de fruits comestibles car,comme nous l'avons dit,l'unité allemande ne repose plus sur le militarisme et la centralisation poussée à l'extrême.
Cela nous amène donc au réel problème:l'Union Européenne,en tant qu'institution politique mais aussi,et surtout,en tant qu'institution économique,n'est pas différent d'un 4ème Reich.
Certains argueront que l'UE est le fruit d'une cordiale entente infinie entre les peuples européens.
Sans doute ces idéalistes naïfs feraient-ils mieux d'observer la vérité en face:la politique extérieure,en particulier économique,n'a jamais été et ne sera jamais autre chose qu'une lutte à mort.
L'alliance européenne n'est pas une union:c'est une trêve.
Une trêve à durée indéterminée,marqueur de nos faiblesses respectives.
Observons,dès lors,comment l'Allemagne,encore une fois,a su tirer parti de nos faiblesses idéalistes pour son exclusif profit:tandis qu'une grande partie des états membres ne voient l'économie que dans un rapport d'unité européenne,manquant terriblement d'ambition patriotique,l'Allemagne,elle,n'a eu que le regard tourné vers,et c'est légitime,l'intérêt allemand.
Voyez comment,à chaque instant,l'Allemagne tire profit de l'endettement de tel ou tel état européen.
Voyez comment le marché européen,et notamment le système de monnaie unique,profite avant tout au budget allemand.
Derrière son allure de vieille tante aimable,Merkel n'est qu'un chien enragé et à l'appétit dévorant,digne héritière de Bismark.
Revenez donc parler ensuite d'entente cordiale et équitable !
Le fait est que nos grand-pères ont fait preuve de la même faiblesse vis-à-vis de l'Allemagne durant les années ayant suivies la chute de l'hitlérisme et,ensuite,la chute du mur de Berlin que celle qui avait gangrenée nos ancêtres à la suite de la défaite allemande de 1918,en établissant un ordre européen bien trop favorable à l'unité allemande,la renforçant même.
Ne soyons pas naïfs cependant:il ne suffirait pas d'isoler économiquement l'Allemagne,sans s'en prendre à ses armes,pour régler durablement l'épineux problème.
En effet,plusieurs obstacles se posent,citons les deux principaux :
Premièrement,comme exposé précédemment,l'Union Européenne n'est qu'un crypto-Reich.
Or,une mise à mal brutale de l'Union Européenne,en plus d'être impossible tant la divergence des intérêts nationaux au sein de l'Union est grande et naturelle,serait puérile.Une hâte déplacée nous ferait mal évaluer les conséquences politiques et économiques d'un tel acte à une époque où les empire économiques dantesques fleurissent.
De plus,il faut se poser la bonne question:est-ce l'Union qui garantit l'unité allemande ou est-ce l'unité allemande qui sert de pilier injuste à l'Union ?
Pesons bien les effets et les causes avant d'entreprendre quelques folies passionnées.
Deuxièmement,là où dans certains endroits en Europe,le patriotisme tend à n'être que séparatisme puéril (nos amis espagnols en font la malheureuse expérience,cette crise ayant de plus un écho démesuré en Belgique) ou isolationnisme parfois déraisonnable (cette appréciation dépendant des moyens de chaque état),l'Allemagne,elle,se montre plus interventionniste et libre-échangiste que jamais,du moins financièrement parlant,et son patriotisme,incarné par le parti national-populiste de l'Alternative pour l'Allemagne (et ne nous leurrons pas,malgré ses aspects eurosceptiques,ce parti,agissant pour les intérêts allemands,n'aura d'autre choix que de soutenir le système économique européen actuel) ne souffre d'aucune instabilité réelle,d'aucune volonté séparatiste,dans ce pays pourtant historiquement prompt au déchirement.
Encore une fois,voilà la preuve que là où le reste de l'Europe échoue et souffre,l'Allemagne,se riant de nous,réussit à merveille dans ses détestables manœuvres.
Devant le peu de moyens que nous avons pour réduire à néant la mainmise allemande,il ne nous reste plus qu'à prier pour que la Providence daigne,au moins,détruite l'unité patriotique et identitaire allemande,sans faire en sorte ce que déracinement nihiliste et immigrationiste n'atteigne encore plus nos patries...
Car n'oublions jamais que jamais un équitable équilibre européen respectueux des états et des patries ne pourra se faire tant que l'Allemagne vivra.