Dans le langage courant,et particulièrement dans le discours politique,il est d'usage d'amalgamer la nation et la patrie .Étant quelqu'un de pointilleux quant au sens des termes utilisés,j'ai pris la décision d'ébaucher une réflexion sur les différences entre la nation et la patrie.
En premier lieu,intéressons-nous à la signification de la nation.
Ernest Renan,dans une de ses conférences,questionnait comme suit « Qu'est-ce qu'une nation ? »
Il répondit à cette question en qualifiant cette dernière de « plébiscite de tous les jours ».
Voilà la dimension fondamentale de la nation:il s'agit d'une conscience collective de posséder une histoire et des traits culturels communs,née à un moment de l'Histoire humaine,par une accumulation d'événements antérieurs à la cohérence souvent relative.
Un sentiment populaire,donc.
Qui dit sentiment populaire,dit suicide populaire.
Amer constat que le suivant:les nations peuvent mourir,et meurent bien plus souvent par la faiblesse,l'égarement et l'infidélité d'un peuple que par quelques grandes tempêtes dans lesquelles se mêlent indistinctement le sang,les larmes et la folie des Hommes.
Les nations sont mortelles de par leur lien,historique,à l'idéal de démocratie absolue,accouchant du plus vil et incapable des tyrans,bien incapable de conserver quoi que ce soit,et encore moins de s'auto-conserver:la peu recommandable souveraineté populaire,théorique (dans la majorité des cas) ou réelle.
Et par la faiblesse des nations,par la bêtise collective,par l'égarement publique,c'est,notre monarchie,toute rongée par la démocratie,qui devient faible.
Ou,peut-être,est-ce la faiblesse de notre monarchie démocratique qui provoque l'affaiblissement de la nation.
Il semble que l'équation soit possible dans les deux sens.
Le résultat,lui,ne varie pas.
Face à ce constat déplaisant de la relative durabilité des nations,en tant que sentiment commun,qu'est-ce que la Patrie ?
Si nous pouvons convenir que la nation est le sentiment garant de l'héritage des siècles passés,la patrie,elle,est précisément cet héritage.
Un arbre fruitier qui doit,sans cesse,être entretenu avec soin,et dont les fruits,légués par l'accumulation des expériences passées,n'est que plus savoureux à proportion qu'on en tient la valeur et la singularité en estime.
La Patrie,donc,loin d'être une idée émanant de l'esprit de quelques savants esprits ou de l'incandescence brillante mais irrégulière de la « volonté populaire » ,est une terre,un ensemble de coutumes et de tradition,une foi,une Histoire.
C'est,en d'autres mots,le guide parfait de la civilisation,modelant les sociétés et,donc,les différentes natures sociales délimitant les rapports sociaux,guidant chaque nation,et chaque peuple,selon son Histoire,son passé et,peut-on penser,sa destinée.
Je me permets d'ailleurs une digression :j'en conviens,le mot « nature sociale » pose problème dans le domaine sociologique,les rapports sociaux et communautaires étant bien souvent le fruit d'évolution,perverties de nos jours par l'aveuglement nihiliste et progressiste,et de constructions parfois hasardeuses.
Mais la nature,elle-même,se construit sur ce modèle.
Une plante est appelée à être modifiée,ses racines ne la représentant pas à elles seules.Mais tentez donc de couper une plante de ses racines,vous en mesurerez bien vite les conséquences.
Aussi,la nature n'est-elle pas le fruit d'un ordre divin qui a le visage du heureux hasard ?
Enfin,revenons à notre sujet.
La Patrie,donc,et contrairement à la nation,ne meurt pas.Elle peut-être insultée,oubliée,trahie,elle restera toujours intacte sous les débris de l'infidélité,la mémoire des Hommes,même la mémoire inconsciente,étant fort heureusement plus solide qu'un éphémère sentiment.
L'héritier,fusse-t-il le Roi protecteur du passé ou le peuple moteur de la nation,peut-être oublieux et indigne de cet héritage,ce dernier n'en disparaîtra pas pour autant.
La Patrie étant le legs de nos Pères,la Nation étant la conscience collective de cet héritage,reste à analyser,rapidement,le lien entre les deux.
Ne perdons pas notre temps inutilement et allons droit à la conclusion:la Nation,en tant que sentiment,et la Patrie,en tant qu'héritage dont les fondements doivent être conservés et dont la récolte doit croître à chaque génération,sont liées.
Quelle utilité pour l'héritier de ne pas avoir d'héritage réel ?
Quelle utilité pour l'héritage de ne pas être entretenu par l'héritier.
Pour conclure cet article de façon imagée disons simplement ceci :
Une Patrie sans Nation ne peut-être qu'un arbre aux branches nues et au bois mort.
Une Nation sans Patrie n'est qu'une flamme condamnée à s'éteindre, pareil à un feu de cheminée sans bois pour l'alimenter.